Le Crédit Foncier du Cameroun au Canada

Il y a une semaine un certain nombre de personnes triées sur le volet ont reçu un mail relatif à une conférence sur le Crédit Foncier du Cameroun. J’y étais, cet article se veut un compte-rendu de l’événement.

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La conférence prévue pour 17h30 a commencée à 19h et s’est terminée à 21h. Elle avait pour but de nous présenter le Crédit Foncier, donner les détails sur l’association avec le Groupe Foyo(cabinet de services financiers au Canada) et la plate-forme qui sera mise en place pour faciliter l’investissement des membres de la diaspora. Les orateurs: M. Martial Foyo (D.G du groupe Foyo), M. Missi, Directeur Général du Crédit Foncier, M. Ebe Evina, Conseiller Technique au Crédit Foncier, et M. Abe, Directeur des Études et de la Coopération.

Il est à noter que nous avons d’abord observé une minute de silence pour les victimes de Boko Haram dans le Nord Cameroun. Ensuite nous sommes rapidement passés au choses sérieuses. M. Abe a présenté la structure et son historique. Je ne m’attarderai pas dessus car tout cela peut être retrouvé sur leur site internet.

En bref, le principal objectif du Crédit Foncier est d’assurer un logement décent à tous les camerounais. C’est une institution politique qui répond à un besoin social primordial. À cet effet, la structure met en place 5 types de prêts pour permettre le financement de logements à usage strictement personnel (le Crédit Foncier le finance pas la construction de bureaux).

  1. Prêt Foncier Classique: Il est destiné à la réalisation d’un projet immobilier pour habitation personnelle. Il faut noter qu’un apport personnel d’au moins 20% du montant du projet est requis. Montant maximal du prêt est de 150 millions de FCFA. Taux d’intérêt à 6% TTC(Toutes Taxes Confondues).
  2. Prêt Épargne-Logement: Réalisation d’un projet immobilier destiné à l’habitation personnelle ou la location, sur la base d’une épargne bloquée pendant au moins 1 an sans possibilité de retrait. Apport minimal de 10% du montant total du projet. Plafond fixé à 150 millions de FCFA. Taux d’intérêt à 5% TTC.
  3. Prêt Foncier Locatif: Réalisation d’un projet immobilier destiné exclusivement à la location, le montant du prêt calculé sur les loyers prévisionnels. Taux de 5% TTC. Plafond pour les personnes physiques à 125 millions de FCFA et apport personnel à 20% du montant total du projet, et 250 millions de FCFA pour les personnes morales(entreprises publiques ou privées), apport personnel à 25% du montant du projet.. Ce sont les loyers du projet qui constituent la source de remboursement.
  4. Prêt Promo Foncier: destiné aux parcelles de terrain à bâtir ou aux logements destinés à la vente. Prêt accordé aux promoteurs immobilier publics, privés. Taux de 7% TTC. Plafond à 500 millions de FCFA.
  5. Prêt aux collectivités locales décentralisées: pour l’aménagement des terrains à bâtir, de logement destinés à la vente ou la location. Prêt mis à la disposition du FEICOM.

De plus, il est possible pour les étudiants de souscrire à un plan d’épargne-logement. Avec une mise de fond de 30 000 FCFA et un versement périodique d’au moins 10 000 FCFA/ mois pour une durée minimale de 12 mois, c’est vraiment à la portée des jeunes.

Le prêt foncier classique a une déclinaison « jeunes »(moins de 35 ans), permettant à ceux ci, dépendamment du montant de leur salaire d’obtenir un taux assez compétitif, avec un plafond de prêt à 50 millions de FCFA.

Ceci n’est qu’un rapide tour de l’éventail des offres. Si vous souhaitez en savoir plus, consultez le site internet du Crédit Foncier. Le Groupe Foyo intervient comme facilitateur des démarches administratives. Ils se chargeront de la réception des dossiers, leur étude et leur acheminement au Cameroun. Étant donné que les souscripteurs aux prêts résident au Canada, l’enquête de crédit s’effectuera ici. Il faudra fournir une preuve d’identité, d’activité et de revenus; un devis estimatif du projet à entreprendre, et une explication de comment le projet est réalisable sur le plan technique sont aussi nécessaires. Le D.G du Crédit Foncier a avoué que l’expérience a été tentée en France sans grand succès. On est en droit de se demander en quoi cela sera différent pour les camerounais résidant au Canada, mais il a assuré que des mécanismes sont en place tant ici qu’au Cameroun pour protéger chaque personne physique ou morale. M. Martial Foyo a aussi assuré qu’en cas de doutes, chacun peut vérifier la crédibilité de son entreprise. Il existe des organes tel que l’Autorité des Marchés Financiers que l’on peut saisir en cas de manquements d’un cabinet de services financiers.

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De g. à d. M. Foyo, M. Missi, M. Ebe Evina, M. Abe

De nombreuses interrogations ont été soulevées et des éléments de réponses apportés. Par exemple si vous voulez modifier le projet en cours de route, il sera réétudié par le Crédit Foncier, vous aurez une pénalité ou ce changement sera tout simplement rejeté. Si vous êtes dans l’incapacité de rembourser votre emprunt pour des raisons de perte d’emploi ou de maladie, un dispositif d’aide est prévu, mais il est impératif à long terme de rembourser ce que vous devez. Sinon « les mécanismes et les organes compétents sont mis en branle ».

Une question portant sur la possibilité pour les personnes d’origine camerounaise mais de nationalité canadienne de bénéficier de ces offres a été posée. Le D.G du Crédit Foncier a bien souligné que cette question ne relève pas de ses prérogatives, les étrangers doivent prendre attache avec les autorités compétentes qui leur délivrent leur titre de séjour. Cela a visiblement déplu à beaucoup. Mais je me range du côté de l’État. La priorité doit être accordée aux camerounais, et mêler le problème de double nationalité reviendrait à politiser inutilement un sujet qui n’est somme toute que d’intérêt social et général.

La tournée des Directeurs du Crédit Foncier n’est pas finie, j’espère qu’ils toucheront un grand nombre de membres de la diaspora pour les inciter à investir au Cameroun. J’ai remarqué qu’il n’y avait qu’une quinzaine de jeunes de moins de 35 ans dans la salle. Pourtant nous sommes ceux qui auront le plus de problèmes de logement plus tard. S’installer chez soi au lieu récupérer la maison parentale, surtout si les enfants sont nombreux, bâtir, investir dans l’immobilier est un challenge que nous devrons affronter dans les années à venir. J’estime que ces offres sont une véritable aubaine pour chacun de nous de commencer à planifier un avenir décent pour la vie que nous désirons avoir au Cameroun demain.

-Cissy.

PS: Pour plus de renseignements : Groupe Foyo ; Crédit Foncier

Ma vision du féminisme

J’ai récemment fait mon retour sur Twitter. À mon grand désarroi, la plupart des discussions sont à base d’agressions, d’approximations et de régression. Un des sujets phares qui revient est le féminisme et la déconstruction d’un idéal qui m’est non seulement cher mais qui doit se pérenniser.

Je commencerais par citer ce que j’ai lu çà et là. Si vous reconnaissez une de ces pensées comme étant votre, je m’adresse donc particulièrement à vous.

-« Les féministes s’opposent à tout ce que les hommes disent, c’est la définition du féminisme ».
-« Que le combat féministe ne vous fasse pas croire que toutes les femmes veulent être indépendantes ».
-« Les féministes ne sont que des femmes en colère. »
-« Etre afro féministe c’est être raciste et sexiste »
-« Les féministes sont dépressives et malheureuses ».
Etc. Je ne développerai pas les autres stéréotypes d’une bassesse hors – normes. J’articulerai mon propos en 4 grands points. Les raisons et l’origine du féminisme (oui encore), l’opposition hommes – femmes, l’intersectionalité(plus particulièrement l’afroféminisme), et la déconstruction des 2 ou 3 « incongruités ».

1- Raisons du féminisme
Je ne suis pas historienne et je n’aime pas les récitations, encore moins la copie. Je ne ressasserai pas de long en large l’histoirique féministe que n’importe quel curieux peut trouver sur Wikipedia. Je m’adresse particulièrement à ceux qui posent la même question pendant 1 an sans jamais chercher plus loin, en pensant que c’est amusant de jouer aux ignorants. Il suffit de lire.

Le féminisme est né de la revendication d’une égalité politique, sociale, économique, culturelle, juridique, et tout simplement humaine, entre hommes et femmes. Quand on parle communément « d’égalité des sexes »(j’avoue que je préfère l’expression « question de genre »), on évoque surtout l’égalité des droits entre hommes et femmes. Pourquoi un être humain, serait discriminé en terme de droit à l’éducation, au travail, à l’entreprise, même de jouir de son propre corps, parce c’est une femme? Sous le prétexte que les femmes sont « faibles », et ne sont bonnes qu’à la cuisine et à procréer, elles ne devraient rien faire d’autre.

Voici simplement posés là, les moteurs des mouvements féministes. C’est un bref résumé pour que vous ne perdiez pas le nord. Parce que c’est la principale raison pour laquelle le féminisme est impopulaire: on oublie l’histoire. Et elle aura tendance à se répéter…

2 – Opposition hommes – femmes
On reproche aux féministes de nos jours de favoriser les divorces, de monter les femmes contre les hommes, de vouloir prôner une indépendance prétentieuse des femmes, de leurrer les femmes car elles ne dirigent pas vraiment le monde, etc. La liste est beaucoup trop longue.

À une certaine époque les femmes avaient peur de prendre les devants, de donner leur opinion, de revendiquer leurs droits légitimes, d’être ambitieuses, de s’opposer, d’être différentes. Maintenant elles sont sûres d’elles, elles disent non, elles se battent, elles débattent, elles gagnent, elles travaillent, dirigent, règnent et s’épanouissent. Évidemment, avec le temps, il y a des dérives. Dans un mouvement il y a toujours le camp des pacifiques et le camp des extrémistes. On sait que celui ou celle qui crie le plus fort est la personne à qui on présente davantage le micro. Oui, certaines véhiculent une image triste du féminisme. Mais parfois ce ne sont que des stéréotypes et des préjugés: rejeter les hommes, prôner la piété, ou l’extrême frivolité, se plaindre de tout et même des choses qui n’ont aucun sens, etc.

Je ne suis pas de celles qui dictent leur conduite aux gens. Parce que je n’aime pas qu’on me dise quoi faire de ma vie. Je pense qu’on peut être féministe sans chercher à opposer les genres. Sans chercher à imposer un canon d’identité aux femmes alors que cela a déjà été fait durant des siècles. Personnellement, les hommes de ma vie sont tous féministes (mêmes s’ils sont aussi machos). Ils m’encouragent à me mettre en avant, à ne pas me taire, à être effrontément ambitieuse, à briller et m’épanouir de la manière qui me convienne. Autant je pense qu’on attire à soi ce qu’on est, autant je pense qu’on peut choisir habilement ses fréquentations.

Je ne pense pas qu’il y ait un combat sur terre qui ait réussi dans la désunion. L’esclavage a pris fin grâce au soulèvement des noirs, mais l’histoire oublie parfois de mentionner qu’ils étaient aidés de quelques blancs, ne serait-ce que pour divulguer des informations secrètes qui débloquent des situations. Je pense que les féministes ont besoin de travailler avec ces hommes là qui magnifient la femme. Tout le monde n’est pas à mettre dans le même panier. Si nous voulons un monde plus équitable il est hors de question d’exclure la gent masculine.

3 – Intersectionalité
Dans ce mot, voyez la racine intersection, qui est tout simplement le point de rencontre de deux ou plusieurs droites ou segments.

L’intersectionalité est née de l’observation qu’ont faites les femmes noires aux États-Unis. Elles n’avaient pas les mêmes problèmes que les femmes blanches. En plus de toutes les autres difficultés universelles auxquelles sont confrontées la femme, elles subissaient le racisme. Donc l’afroféminisme (défense des droits de la femme noire, pas seulement africaine, pas seulement nappy…)et autres déclinaisons de l’intersectionalité ne sont que le reflet de la convergence de tous ces aspects.

Je prends un exemple: je suis une femme, haïtienne(donc noire), vivant au Canada, je suis musulmane. Quand viendra le moment de défendre mes droits, le féminisme devrait tenir compte de tous ces éléments pour essayer trouver une réponse adaptée à mon cas.

Ceux qui disent que c’est communautairiste et sexiste, n’ont juste jamais été confrontés au racisme. On dit en anglais : « woman is the world’s negro ». And what are black women?

4 – Déconstruction
BON! Je lis et j’entends de telles énormités que je ne sais pas par où commencer. Je me suis tu pendant longtemps, mais si on laisse se propager le mensonge sans rien dire, on est complice du crime.

Aux femmes qui ne voient pas l’utilité du féminisme, je leur dirais:
-si vous n’êtes pas contentes d’être allées à l’école, de pouvoir envoyer vos filles à l’école, critiquez le féminisme.
-si vous n’êtes pas contentes de votre droit de vote, critiquez le féminisme.
-si vous n’êtes pas contentes de pouvoir avorter sans être vilipendée, condamnée, critiquez le féminisme.
-si vous n’êtes pas contentes d’avoir les moyens de vos ambitions, de travailler, diriger des entreprises, entreprendre, vous épanouir professionnellement, critiquez le féminisme.
-si vous n’êtes pas contentes d’avoir une voix pour dénoncer les violences faites aux femmes, critiquez le féminisme.
Etc! Allez-y. Mais de grâce, épargnez nous vos raisons bancales. Et encore je n’évoque pas cette absurdité qu’est l’inégalité salariale à un même poste entre hommes et femmes.

Si vous trouvez le féminisme inutile, libre à vous. Mais n’entravez pas le chemin de celles qui se battent pour que la femme soit libre de ses choix, qu’elle ne soit pas pénalisée et discriminée pour des raisons liées à son sexe.

À ceux qui associent féminisme, dépression, isolement, malheur… C’est toujours amusant de stigmatiser une partie de la population et ne pas espérer qu’elle s’isole. Quant à la dépression, documentez vous, parce que vos réponses sont dans les livres. C’est une maladie qui n’a pas pour principale cause le ‘féminisme’, et tout le monde peut en souffrir.

Du reste, c’est très facile de généraliser. La paresse et même la malhonnêteté intellectuelles nous poussent vers cette voie. Mais avant de considérer les individus comme de simples statistiques, observez, étudiez, comparez, analysez, PUIS concluez.

Je ne suis volontairement pas entrée dans certains détails parce qu’on s’éloignerait de mon premier point. Ne jamais perdre le nord.

PS: j’écris d’une tablette, prière d’être indulgents pour les fautes éventuelles… Merci.

FBP: Financement Basé sur la Performance

Le système de santé au Cameroun se heurte à de nombreuses difficultés telles que : la sous utilisation des centres et services de santé, faible couverture pour les soins préventifs, insuffisance et mauvaise qualité des soins en continu, absence ou pénurie de personnel qualifié, surtout dans les zones d’accès difficile, distribution inéquitable, accès limité des soins aux moins nantis, etc.

Ce fut donc une bien heureuse surprise de découvrir le Financement Basé sur la Performance(ou PBF: Performance-Based Financing) des services de santé au Cameroun. C’est un système qui vise principalement à:

  • Élargir la couverture des services de santé à la population en général, en visant aussi un type de personnes dites vulnérables comme les femmes, les enfants, les plus démunis, et les personnes vivant avec le VIH.
  • Améliorer les systèmes de santé
  • Motiver et stabiliser le personnel de santé
  • Renforcer l’autonomisation des centres de santé et donner une plus grande responsabilité au personnel de santé

Le projet consiste à évaluer les résultats recueillis à partir d’indicateurs de performance prédéfinis basés sur la quantité et la qualité des services produits, et verser des paiements aux services sanitaires en fonction de ces résultats.

Pour la petite histoire, le FBP a été initié à la fin des années 1980 en Zambie et financé par les services publics. Son but était de cofinancer les soins de santé primaires. Il a été remodelé au cours des années, et implémenté dans sa forme actuelle au Cameroun en 2008. Depuis 2013, au moins une vingtaine de pays l’ont planifié et implémenté ce programme.

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Pour vous faire une petite idée de ce que cela représente exactement comme impact social, voici une vidéo de la banque mondiale pour le cas du Cameroun:

Références+informations supplémentaires:

Site du FBP Cameron

PBF Toolkit

PBF Implementation Procedure Manual

 

Le 20 Mai ou le « Vin Mai »?

Rien à ajouter. Cet article rappelle pourquoi l’histoire doit occuper une place importante dans nos écoles. Merci à Grâce Moukodi.

Grace Moukodi

Il convient de se rappeler que le 20 mai 1972, une nouvelle constitution était promulguée créant une République Unie du Cameroun et une seule assemblée nationale au lieu d’une assemblée nationale fédérale et de deux assemblées jumelles ( Alcamor et Alcamoc ) de l’ancienne République Fédérale.Depuis lors, tous les 20 mai, les Camerounais, sur toute l’étendue du territoire, marquent par des défilés et autres manifestations monstres cette date qui a été décrétée comme Fête Nationale de leur pays. Mais pour tous ceux qui connaissent l’Histoire du Cameroun, la signification de cette fête demeure confuse, démagogique et absurde. Il est vrai que le 20 Mai reste pour beaucoup de Camerounais une date exceptionnelle, à plus d’un titre : c’est le jour où des partis politiques en mal de représentativité peuvent leur offrir pagnes, T-shirts, bouteilles de bière et même des billets de banques pour les convaincre à aller défiler dans…

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Enseignement des langues africaines et mondialisation

Langues africaines et mondialisation

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Samedi passé, j’ai assisté à cette conférence. Elle s’est déroulée en trois parties. Je suis arrivée pratiquement à la fin du conte de Mme Ndong (première partie), donc je ne peux pas vraiment vous en parler. Par contre j’ai suivi avec grand intérêt les discours de chaque intervenant sur la problématique de l’enseignement des langues africaines dans le contexte mondial actuel, et le débat suscité par le sujet.

La première intervention fut celle de M. Guy-Serge Luboya. Il est l’instigateur de cette conférence, sous le couvert de l’école de langues africaines ELA JAMBO, qu’il a créée à Montréal il y a 2 ans. Il avait remarqué une demande assez forte des africains voulant apprendre ou réapprendre leurs langues maternelles. Il a cependant ajouté que malgré le fait que les africains aient été les demandeurs, il y a plus de québécois qui participent aux sessions. Les africains sont réticents à dépenser leur argent contrairement à la facilité avec laquelle ils le font pour l’apprentissage d’autres langues comme l’espagnol ou le mandarin.

Ensuite le Dr. Gaston Nanfah, sociolinguiste à Montréal, fit son exposé oratoire. Il enseigne le « yemba », la langue de son village. En quelques mots, il a expliqué le contexte dans lequel nous percevons les langues africaines sur le plan international. Il a aussi insisté sur le fait qu’apprendre nos langues peut constituer un moyen d’inverser la balance des pouvoirs sur la scène internationale. Il a ajouté qu’il est possible d’apprendre deux à trois langues africaines, voire plus, à des enfants en bas âge.

La dernière personne à prendre la parole fut Mme Mefire Laurentine, anthropologue. Elle a axé sa présentation sur les aspects plus personnels de l’impact des langues africaines. Selon elle, les langues véhiculent des valeurs qui permettent de cristalliser les liens familiaux. Elle assure que la langue permet de modeler les comportements dans un environnement qui paraît rigide, mais qui est en fait très malléable. Elle a soutenu aussi que si nous ne prenons pas conscience de l’importance de nos langues africaines, nous participons à un « ethnocide linguistique ».

Les intervenants

De gauche à droite : Mme Mefire, Dr. Nanfah, M. Luboya

Je ne m’attarderai pas beaucoup sur leurs interventions, car leurs présentations (liens en fin d’article) permettent aisément de saisir la profondeur de leurs intentions et la quintessence de leurs idées.

Durant le débat, de nombreuses interrogations furent soulevées quant à la véritable importance des langues africaines sur les plans économique, politique et identitaire. Comment rendre les langues africaines attractives pour que plus de jeunes s’y intéressent? Comment traduire des mots d’un champ lexical complexe comme celui du droit dans sa langue maternelle? Quelle langue choisira un enfant issu d’une famille mixte? Les intervenant ont donné des éléments de réponse dans leurs présentations et leurs interventions.

Pour ajouter ma touche personnelle et répondre simplement et clairement à la question posée, OUI, je pense qu’il est possible d’apprendre encore des langues africaines malgré le contexte dans lequel nous vivons. On recense 222 langues africaines mortes à l’heure actuelle, et il y en a beaucoup qui sont en voie d’extinction. Une solution serait de former les plus jeunes très tôt à l’apprentissage de leurs langues maternelles. En zone rurale cela se fait naturellement, mais en zone urbaine les parents parlent français ou anglais à leurs enfants (cas du Cameroun). Dans mon ancien collège, en 6è et en 5è nous avions le choix d’apprendre 3 langues africaines, et ce peu importe notre région d’origine. Cette expérience a permis à beaucoup d’entre nous d’apprendre plus sur les cultures camerounaises.

Selon moi, la langue est la porte d’entrée à la culture. Bien évidemment, définir la langue comme seule expression de ses racines n’est pas juste. Ce n’est pas l’unique moyen par lequel on peut véhiculer ses valeurs africaines. Il est aussi vrai que parler sa langue maternelle ne constitue pas vraiment un avantage sur la scène internationale de nos jours. Pourtant, les pays riches et émergents imposent subtilement leurs langues et leurs cultures au monde. Les organisations internationales qui se réunissent dans le souci de préserver la langue (O.I.F., Commonwealth, etc), démontrent à quel point c’est un enjeu majeur dont les africains se préoccupent peu. Prenons les exemples de la Chine, du Brésil ou encore du Nigéria. De plus en plus de cours de mandarin sont dispensés car c’est la « langue de l’avenir ». Ils représentent l’un des plus grands marchés de consommation au monde, tout est fait pour les caresser dans le sens du poil et leur culture s’exporte avec aisance. On note aussi que de plus en plus d’étudiants multiplient les échanges universitaires au Brésil, et apprennent nécessairement le portugais. Que dire des chansons populaires nigérianes pratiquement toutes en yoruba ou en igbo. Elles ne sont pas traduites, et pourtant elles sont parmi les plus écoutées et chantonnées en Afrique.

Tout cela illustre le fait que la langue et la culture n’ont que les valeurs que nous voulons bien leur donner. Que faisons nous africains  pour garantir que nos us et notre identité se perpétuent au fil des générations? Au contraire nous avons tendance à nous en détourner, à nous en moquer, ou à les oublier. Quel est le pouvoir que nous nous donnons pour faire pencher la balance du pouvoir de notre côté? Si notre sous-sol est pillé, nos terres bradées, que nous restera-t-il à faire valoir, si nous perdons même notre identité à travers nos langues, nos coutumes traditionnelles, notre histoire ?

Certains de mes amis camerounais pensent que la multiplicité des langues est un frein au développement et constitue une source de division qui entérine le tribalisme. Je ne suis absolument pas de cet avis. Je pense que le tribalisme est un choix personnel, sinon collectif, qui tire sa racine dans l’histoire et les préjugés. Je pense qu’il ne tient qu’à nous, de nous instruire correctement pour éviter de perpétrer les erreurs de nos parents. Il ne tient qu’à nous d’être des meilleures versions de nos ancêtres, et montrer l’exemple d’une nation unie, tolérante et respectueuse de sa diversité culturelle.

Pour en revenir aux langues, il est toujours possible d’inverser la donne, même au Cameroun. Des mesures concrètes pourraient être prises sur les plans institutionnel, socio-communautaire et familial. L’État devrait trouver un consensus pour inclure des langues maternelles dans la liste des langues officielles. Faire un ratio « régions-pourcentage de pénétration d’une langue » permettrait de rassembler par grands groupes linguistiques notre pays. Au lieu d’entendre des discours plein de fautes de français, des interprètes pourraient faciliter la tâche à ceux qui sont plus à l’aise dans leurs langues maternelles. Au niveau socio-communautaire, il faudrait inclure l’enseignement des langues africaines dans plus d’écoles (publiques comme privées) et dans les centres culturels ainsi que dans les associations. En définitive, ce serait certainement un gain de temps, d’argent, et une soustraction de regrets, si nous faisions l’effort de parler nos langues maternelles en milieu familial.

PS: Le site internet ethnologue.com met à la disposition de tous des données statistiques et des informations sur les langues du monde. Pour les camerounais, je consacrerai probablement une page pour les liens utiles concernant les langues maternelles.

 

Liens des présentations :